Tu vas probablement te reconnaître dans ma voix d’aujourd’hui .il n’y a pas d’autre façon possible de vivre dans les mots quand le temps vire au poème sans qu’il n’en soit rien décidé à l’avance. Je viens de me réveiller sur un rêve marécageux et je suis tout de même heureuse de constater que j’ai les pieds au sec. Mon vieil oncle disait l’autre jour que c’était la partie de son corps qu’il massait le plus souvent... Cela nous a fait sourire et … envie. Qui prend le temps aujourd’hui de soigner ses pieds en se levant le matin ? On s’occupe en priorité du visage, tenus que nous sommes de le défroisser avant d’affronter tout ce qui nous entoure, nous cerne plutôt… Tous ces regards qui évaluent le degré de présence ou d’insignifiance. J’ai décidé secrètement d’accorder plus d’attention aux pieds des gens qu’à leur visage renfrogné ou plaintif. Je ne devrais pas , je sais, c’est indiscret je le sens. Personne ne se promène volontiers pieds nus en hiver, mais j’ai la conviction que tu comprends cela. Peut-être à tort ? Tu me le diras si tu veux. En attendant je te retranscris ce poème d’Armelle CHITRIT , une petite bouture vigoureuse de femme que j’ai rencontrée, par hasard, chez mes libraires l’autre soir, et qui écrit des choses qui me touchent. Elle enseigne je crois, mais il faudra que je regarde aussi comment elle se chausse en poésie. Elle a écrit sur DESNOS . C’est une belle découverte. Une de plus vas-tu me dire… Je sais que tu n’aimes pas quand j’agrandis mon cœur en arpentant les dunes de la parole ouverte, mais tu ne me changeras pas… Il y a tant de paroles pleines à cueillir sous la plante de tous les pieds qu’on rencontre dans une vie… C’est parce que tu le sais que tu ne cesses jamais vraiment de me le reprocher en sourdine…Tu voudrais en faire autant parfois et je sens que tu hésites. Tu as peur de quoi exactement ? J’espère que tu m’expliqueras un jour sans monter sur tes ergots. Tu n’as, tiens ! qu’à faire le poirier plus souvent pour ma soif, et pourquoi pas pour ceux et celles qui l’ont chronique et inguérissable leur sécheresse profonde… Je n’avais pas prévu de te dire tout cela, mais je vendange toujours ce que je peux grappiller dans mon quotidien pour te l’offrir… J’espère que tu ne m’en voudras pas. Et pour me faire pardonner , si c’est possible… Je t’offre en Post-Scriptum ce passage d’ Armelle CHITRIT , KANUTSHUK, Poème introuvable [Extrait] p.13-14, j’ai revu mentalement son visage très expressif en le relisant pour toi. Et ça m’a fait plaisir… Je t’embrasse les pieds (sur le dessus) comme on le fait pour faire rire les tout petits lorsque on prend le temps de les tenir au creux des paumes et qu’ils ont l’air heureux. Ceci n’est pas une déclaration d’amour ( On ne sait jamais avec toi comment tu vas prendre les métaphores …) A te lire. * Causeuse Lambda . * P .S. Est-ce que tu écris tes livres avec les pieds parfois ? * * * Berçons l’attente dans ce nouvel espace car rien ne paraît dans la lettre que ce creux de blancheur qui décèle l’existence * comme un ventre chaud de feu tout serré d’invisible * Dans le silence de la perte Les mots sont rassemblés Ils clignent. Ô pupilles, Qui pourfendent l’espace Et se dispersent Comme les yeux des chats de Baudelaire * Ils font un somme ou deux Dans la corolle des dictionnaires Quant à la syntaxe passe nue En quête de lits de corps Elle voit que la mémoire Bourdonne comme un rucher D’où nos rêves repartent Un à un. Elle ne dit rien * […]
* Quand le corps vient pour épier l’écriture, les grands dangers sont invisibles * * * Ils montent sous la peau des murs Ne laissent échapper aucun cri Les pans ne parlent plus : ils tombent Sans aucun bruit. * L’odeur étrange de tout ce qui se tait N’éveille pas de panique * * *
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